Jérôme Cordelier dans Le Point : Le géographe anarchiste avait imaginé cette oeuvre monumentale pour l’Expo universelle de 1900. Et si elle incarnait celle de 2025 ?
Il s’agit d’une idée folle qui avait germé dans le cerveau iconoclaste d’Élisée Reclus – qui en eut des tas d’autres au cours de sa vie. Ce scientifique haut en couleur, géographe renommé, mais aussi anarchiste et libertaire, voulait installer à Paris un immense globe terrestre pour inviter les visiteurs à voyager entre les continents, d’un pôle à l’autre. Sur les plans, la pièce – monumentale – mesurait près de 200 mètres de hauteur et 173 mètres de diamètre. Le visiteur aurait emprunté un plancher formant une vaste hélice avec 24 spires à l’intérieur, entouré de 8 000 mètres de balustrade à 1 mètre du sol, afin de permettre une observation fine du globe, de l’intérieur. Objectif : inviter à un voyage global en dressant une « carte pittoresque de la terre ».
Harmonie
Élisée Reclus décrivait ainsi son projet : « Des milliers de vues, de paysages, de types d’hommes et d’animaux, de scènes caractéristiques seront placées en diorama mouvant dans les panneaux intérieurs de l’enveloppe, en face même des formes géographiques correspondantes figurées sur la convexité du globe. Nous assisterons ainsi à toutes les manifestations de la vie sur terre, dont nous parcourrons du regard les étendues. Nous la verrons s’animer, se transformer et l’harmonie se fera dans notre imagination entre la terre, ses phénomènes de toute nature, ses plantes et ses habitants. »
À l’époque, il fut même envisagé de construire ce globe d’abord près du Champ-de-Mars, à l’angle des avenues Bosquet et Rapp, puis en haut de la colline de Chaillot. Las, comme le raconte Jean-Christophe Fromantin, « on demanda au géographe de revoir son projet à la baisse, il se fâcha, s’exila et on finit par construire le Grand et le Petit Palais, qui coûtèrent deux fois mois chers. »
Pont
Le créatif maire de Neuilly, qui souhaite placer l’Expo 2025 sous le signe de l’équité et du partage et non de la surenchère financière, a exhumé les plans de Reclus, et plusieurs sites comme Aulnay ou Saclay, adossés au Grand Paris Express – il faut 40 à 50 hectares – se montrent déjà intéressés. Mais le projet n’en est pas encore à sa phase de construction matérielle. « Il serait parfaitement décalé d’imaginer un tel chantier dix ans avant, précise Jean-Christophe Fromantin. D’autant que les dix ans à venir seront bien plus prolifiques en termes de mutations technologiques que les dix ans que nous venons de passer. »
Le dossier de préfiguration pour la candidature française sera publié en novembre prochain. La candidature finale sera déposée en avril 2016. Quelle plus belle image que ce Globe offrant un pont entre deux siècles, entre deux mondes ?
Quel beau projet, mais est-on encore capable d’innover à cette échelle?